Confort d’été et DPE : ce que révèle l’analyse de la base ADEME
Étude U.R.B.S — Marc Grossouvre et Jonathan Villot, 6 août 2026
Depuis l’arrêté du 31 mars 2021 et son annexe 9, le DPE évalue le confort d’été des logements et les classe en trois catégories : Insuffisant, Moyen, Bon. C’est un indicateur encore jeune, qui a le mérite d’exister — et qui gagnerait à être fiabilisé. Notre étude porte sur l’analyse de 16 423 000 DPE de la base ADEME réalisés depuis juin 2021 en France métropolitaine, dont 16 112 000 DPE de logement, neufs et existants, et 311 000 DPE collectifs.
Voici nos principaux résultats — et on est très preneurs de vos retours, en particulier si vous êtes diagnostiqueur ou éditeur de logiciel DPE.
Le résultat de 48 % est cohérent avec l’étude Pouget Consultants de juin 2026 (16 millions de « bouilloires thermiques »). Mais ce qui nous a le plus frappés est ailleurs : la marge de progression est autant méthodologique que physique. L’indicateur, lui, existe déjà : le premier chantier n’est pas d’en inventer un autre, mais de le renseigner partout où c’est possible — et de le renseigner juste.
Comment l’indicateur est-il calculé ?
Le classement résulte de cinq informations clés, les « déterminants » :
-
2 prioritaires — protection solaire extérieure, isolation de la toiture
-
3 secondaires — inertie lourde, aspect traversant, brasseur d’air fixe
La règle est stricte : l’absence d’un seul déterminant prioritaire suffit à classer le logement en Insuffisant. Les deux prioritaires acquis, il faut ensuite deux déterminants secondaires sur trois pour atteindre Bon. Deux exemples suffisent à montrer ce que cette hiérarchie implique concrètement.
Périmètre et méthode
Sur la base des déterminants disponibles dans les DPE, nous avons recalculé la classe de confort d’été de chaque logement selon la règle de l’annexe 9 : sur les 16 423 000 DPE du périmètre, 14 220 000 portent les données nécessaires à ce recalcul. Les 311 000 DPE collectifs sont analysés à part, la loi ne prévoyant pas d’indicateur de confort d’été à l’échelle du bâtiment d’habitation collective.
La distribution des classements a ensuite été extrapolée par post-stratification sur 14 strates de type d’habitat et de période de construction, à l’ensemble des 37 168 000 logements du parc métropolitain.
1. Le grand oublié des DPE neufs et des DPE collectifs
Sur 1 340 000 DPE neufs, plus de 91 % n’ont aucun niveau de confort d’été, et moins de 2 % décrivent l’enveloppe du bâtiment. En cause : l’import des études thermiques RT2012 et RE2020 ne reprend que les résultats numériques (étiquette énergie, GES), pas les caractéristiques physiques du bâtiment. C’est un point de tuyauterie réglementaire, pas une question de pratique de terrain.
Côté DPE collectifs, 96 % des 311 000 DPE d’immeuble n’ont pas de niveau de confort d’été — tout simplement parce que la loi ne le prévoit pas.
2. Un tiers des DPE n’affichent pas le niveau alors que la donnée est là
C’est le point qui nous semble le plus corrigible à court terme : parmi les 5 702 000 DPE de logement sans indicateur, 71 % (4 063 000) disposaient déjà de toutes les données nécessaires au calcul. Le gisement n’est pas à collecter, il est déjà là — il reste à le publier.
3. La complétude progresse, puis plafonne
Le taux de complétude s’est nettement amélioré entre 2021 et 2022 (30 % → 75 %), puis ne progresse plus franchement : 64 % en 2024, avant de remonter à 83 % sur les premiers mois de 2026. Sur l’ensemble des DPE réalisés de 2022 à 2025, l’indicateur reste absent dans environ 30 % des cas. La dynamique est là, elle mérite d’être prolongée.
4. Quand l’indicateur existe, sa cohérence peut encore progresser
Sur les 10 157 000 DPE disposant à la fois d’un niveau publié par l’ADEME et d’un niveau recalculé, les écarts sont importants.
637 000 DPE, soit 37 % des quelque 1,7 million qui classent le logement en « Bon », ressortent « Insuffisant » après recalcul. Dans plus d’un cas sur trois, un logement classé « Bon » en confort d’été est en réalité une potentielle bouilloire thermique.
Précisons-le d’emblée, parce que ça compte : ces écarts ne sont pas imputables aux diagnostiqueurs. La règle de décision de l’annexe 9 n’est pas triviale à implémenter — nous avons nous-mêmes dû nous y reprendre à plusieurs reprises pour la répliquer fidèlement. Elle ne tient pas compte de l’altitude, des ombres portées ou d’un environnement arboré, ce qui peut légitimement conduire à ajuster un résultat jugé éloigné de la réalité observée sur place. Et surtout, aucun contrôle de cohérence automatique n’existe aujourd’hui au moment du dépôt. C’est la chaîne dans son ensemble — règle, logiciels, contrôle — qui mérite d’être outillée.
5. La rénovation améliore, mais pas toujours assez
L’analyse de plus de 528 000 audits énergétiques montre qu’après travaux projetés, 53 % des logements « bouilloires » voient leur classement amélioré, mais 47 % demeurent des bouilloires, et 1 % de l’ensemble des logements audités voient leur confort d’été dégradé.
L’amélioration vient essentiellement de l’isolation de la toiture — déterminant prioritaire — qui passe de 50 % à 92 % de couverture sur les 530 000 audits recalculés.
Toute rénovation intégrant une isolation sous toiture et des protections solaires sur les fenêtres devrait suffire à sortir un logement du statut de bouilloire : il y a là un levier simple et peu coûteux à intégrer plus systématiquement dans les scénarios de travaux.
Conclusion : quatre chantiers pour fiabiliser l’indicateur existant
Après l’été caniculaire de 2026, de nombreuses voix s’élèvent de nouveau contre le DPE, qui propose pourtant déjà un indicateur de confort d’été. Cet indicateur est jeune, il a le mérite d’exister, et il est perfectible. Plutôt que de le remplacer, quatre chantiers concrets permettraient d’en tirer bien davantage :
-
Exiger l’import des caractéristiques physiques du bâtiment dans les DPE neufs, issues des études thermiques RT2012 et RE2020 — pas seulement leurs résultats numériques.
-
Rendre le niveau de confort d’été obligatoire et bloquant au moment du dépôt du DPE.
-
Contrôler systématiquement la cohérence du niveau obtenu avec les modalités des cinq déterminants, à sa publication.
-
Intégrer dans la loi l’obligation de calculer un indicateur de confort d’été dans les DPE immeubles (collectifs).
Ces quatre pistes portent sur la règle, les logiciels et les contrôles au dépôt : aucune ne demande d’effort supplémentaire sur le terrain. Avant de créer un nouvel indicateur de « confort d’été », calculons déjà celui qui existe, et faisons-le bien, pour qu’il pèse réellement dans les travaux et les stratégies de rénovation du parc.
L’article complet, avec le détail de la méthode : [Étude] DPE et confort d’été - Ce que les données de la base DPE (ADEME) nous apprennent sur le confort d’été des logements en France - U.R.B.S
Ces quatre pistes vous semblent-elles applicables, ou y voyez-vous des angles morts ? Si vous êtes diagnostiqueur ou éditeur de logiciel DPE, ce que vous observez au quotidien nous intéresse particulièrement — y compris (surtout) si ça contredit nos chiffres.







